Carpates et vallée de Prahova
Porte d'entrée des Carpates méridionales depuis Bucarest, entre le château royal de Peleș, le plateau des Bucegi à 2 200 mètres et les affûts aux ours bruns.
La vallée de la Prahova entaille les Carpates méridionales sur une cinquantaine de kilomètres, entre la plaine valaque au sud et la dépression de Brașov au nord. C'est l'axe historique qui relie Bucarest à la Transylvanie, emprunté depuis le XIXe siècle par la ligne de chemin de fer et aujourd'hui par la DN1. Depuis notre agence à Bucarest, nous y conduisons les voyageurs en deux heures de route ou de train, ce qui en fait la porte d'entrée la plus directe vers la montagne roumaine.
La vallée est encadrée par deux massifs aux caractères distincts. À l'ouest, les Bucegi culminent à 2 505 mètres à l'Omu et présentent un plateau d'altitude balayé par le vent, où l'érosion a façonné le Sphinx et les Babele, des reliefs gréseux que les bergers locaux ont nommés ainsi bien avant l'arrivée du tourisme. À l'est, le massif du Baiu offre des croupes plus douces, couvertes de forêts mixtes de hêtres et de sapins jusqu'à 1 700 mètres. Plus loin vers le nord-ouest, les Făgăraș alignent une crête de 70 kilomètres avec le Moldoveanu (2 544 m) et le Negoiu (2 535 m), accessibles depuis la vallée par la Transfăgărășan, route d'altitude ouverte de juillet à octobre.
Les stations de la vallée racontent un siècle et demi d'histoire touristique. Sinaia s'est développée autour du monastère du même nom, fondé en 1695, puis du château de Peleș, construit entre 1873 et 1883 pour le roi Carol Ier dans un style néo-Renaissance allemand. La cour intérieure, les boiseries de noyer et la salle d'armes en font l'un des intérieurs royaux les mieux conservés d'Europe centrale. Bușteni, dix kilomètres plus au nord, a longtemps vécu de sa papeterie et sert aujourd'hui de base pour les randonnées vers la Croix des Héros (2 291 m), érigée en 1928 en mémoire des soldats roumains de la Première Guerre mondiale. Predeal, perchée à 1 060 mètres, est la ville la plus haute du pays et concentre les pistes de ski familiales.
La vie locale conserve une dimension pastorale qui structure encore les hauteurs. Les bergers de la région des Bucegi pratiquent la transhumance vers les pâturages d'altitude de mai à octobre, et les cabanes (stână) produisent du caș, du urdă et du telemea, fromages de brebis que l'on retrouve sur les marchés de Sinaia et d'Azuga. Azuga, justement, abrite la cave Rhein, fondée en 1892, qui élabore l'un des rares vins effervescents méthode champenoise de Roumanie. Côté table, les auberges servent une cuisine de montagne assez franche : ciorbă de burtă, tochitură aux pommes de terre, truite des élevages de la Doftana, et la palincă de prune produite dans les villages de la vallée latérale de Telega.
Cette région concentre aussi nos sorties d'observation de la faune. Les Carpates roumaines abritent environ 6 000 ours bruns, soit la moitié de la population européenne hors Russie, et les massifs des Bucegi et du Piatra Craiului font partie de leurs territoires. Nous travaillons avec des biologistes du parc national qui encadrent des affûts en lisière de forêt, généralement en fin d'après-midi entre avril et octobre. Le lynx et le loup y sont présents mais beaucoup plus rares à observer. Ces sorties exigent un comportement strict : silence, vêtements neutres, distance respectée.
Au-delà des sites connus, la vallée donne accès à des zones moins fréquentées que nous incluons volontiers dans les programmes. La forteresse dace de Sarmizegetusa, classée à l'UNESCO, se trouve à trois heures de route vers l'ouest. Le château de Bran, à 45 minutes de Brașov, attire les foules pour ses liens supposés avec Vlad Țepeș, mais nous préférons souvent orienter nos voyageurs vers Râșnov, citadelle paysanne du XIVe siècle moins courue et mieux préservée.
À découvrir
Château de Peleș à Sinaia. Résidence d'été des rois de Roumanie achevée en 1883, avec 170 pièces, dont la salle d'armes et la bibliothèque secrète. Visite guidée d'une heure en évitant les week-ends d'été où les files atteignent deux heures.
Plateau des Bucegi et le Sphinx. Montée en téléphérique depuis Bușteni jusqu'à 2 200 mètres, puis marche d'une heure sur le plateau jusqu'aux formations rocheuses du Sphinx et des Babele. Vent constant, prévoir une polaire même en juillet.
Affût aux ours bruns. Observation depuis une cache en bois en lisière de forêt, encadrée par un biologiste du parc. Sortie de trois heures en fin d'après-midi, d'avril à octobre, dans des zones connues de notre équipe pour leur fréquentation régulière.
Cave Rhein à Azuga. Visite des galeries creusées en 1892 et dégustation de vins effervescents élaborés selon la méthode traditionnelle, à 950 mètres d'altitude. L'une des plus anciennes maisons effervescentes des Balkans encore en activité.
Citadelle de Râșnov. Forteresse paysanne saxonne du XIVe siècle perchée sur un piton calcaire, refuge des villageois lors des incursions ottomanes. Vue dégagée sur le massif du Piatra Craiului et l'entrée du couloir de Bran.
Quand y aller
La meilleure période pour la vallée de la Prahova s'étale de fin mai à début octobre. En juin et septembre, les températures à Sinaia (800 m) oscillent entre 10 et 22 °C, avec des nuits fraîches qui imposent une polaire, et les sentiers sont praticables jusqu'aux crêtes. Juillet et août sont les mois les plus animés : températures de 15 à 26 °C en vallée, mais les week-ends voient affluer les Bucarestois et les files au château de Peleș peuvent dépasser deux heures. Sur le plateau des Bucegi à 2 200 mètres, comptez 10 à 15 °C de moins qu'en vallée, et des orages fréquents en fin d'après-midi entre juin et août.
L'hiver, de décembre à mars, est dédié au ski sur les pistes de Sinaia, Bușteni et Predeal, avec un enneigement fiable au-dessus de 1 400 mètres. Les températures descendent régulièrement à -10 °C la nuit. Nous déconseillons les mois d'avril et de novembre : la neige fond, les sentiers d'altitude sont boueux ou encore fermés, le château de Bran et Peleș restent ouverts mais les paysages sont ternes. Pour l'observation des ours, la fenêtre s'étend d'avril à octobre, avec des pics de probabilité en mai-juin et en septembre lorsque les ours préparent l'hibernation.
Conseils pratiques
Trois à quatre jours suffisent pour saisir la vallée de la Prahova : une journée à Sinaia (château de Peleș, monastère, ville), une journée dans les Bucegi (téléphérique de Bușteni, plateau, retour par la Croix des Héros), une demi-journée pour une cave d'Azuga ou la citadelle de Râșnov, et une soirée pour un affût aux ours. L'aéroport de Bucarest Otopeni est le point d'entrée logique, à 130 kilomètres au sud, et le train direct Bucarest-Brașov dessert toutes les stations en moins de deux heures. Notre équipe organise des transferts privés qui permettent les arrêts en cours de route, notamment au monastère de Snagov.
La région se combine très naturellement avec la Transylvanie au nord (Brașov est à 45 minutes de Predeal, Sighișoara à deux heures supplémentaires) et avec Bucarest et Valachie au sud. Pour un premier voyage en Roumanie, l'enchaînement Bucarest, Carpates et Prahova, Transylvanie constitue notre itinéraire le plus demandé sur dix à douze jours. Le confort est correct à élevé : pensions familiales rénovées, hôtels trois et quatre étoiles à Sinaia et Predeal, quelques adresses de charme dans les villages latéraux. La région convient aux familles avec enfants à partir de six ans, aux randonneurs qui souhaitent des marches à la journée sans bivouac, et aux voyageurs contemplatifs intéressés par l'histoire royale et la vie pastorale. Les randonneurs aguerris préféreront pousser jusqu'aux Făgăraș pour des itinéraires de crête sur plusieurs jours.









