Delta du Danube
Trois bras du Danube, 5 800 km² de chenaux et de roselières classés UNESCO, des villages lipovènes accessibles uniquement par bateau et 300 espèces d'oiseaux.
Le Delta du Danube commence à Tulcea, à 80 km de la mer Noire, là où le fleuve se sépare en trois bras principaux : le Chilia au nord qui marque la frontière ukrainienne, le Sulina au centre canalisé pour la navigation maritime, et le Sfântu Gheorghe au sud, le plus sauvage. Ces 5 800 km² de chenaux, de lacs, de roselières et de forêts inondées forment la deuxième plus grande zone humide d'Europe, classée à l'UNESCO depuis 1991 et désignée réserve de biosphère. Quand notre équipe organise un séjour ici, nous travaillons avec des pêcheurs locaux qui connaissent les canaux secondaires, ceux qui ne figurent pas sur les cartes touristiques.
L'écosystème est ce qui détermine le rythme du voyage. Plus de 300 espèces d'oiseaux fréquentent le delta, dont la plus grande colonie européenne de pélicans blancs et la quasi-totalité de la population mondiale de pélicans frisés en période de nidification. On observe aussi des hérons pourprés, des aigrettes garzettes, des sternes hansel, des cormorans pygmées, et en hiver des dizaines de milliers d'oies à cou roux venues de Sibérie. Les déplacements se font en barque à fond plat motorisée ou à la rame dans les chenaux étroits, car les routes s'arrêtent à Tulcea et Murighiol. À l'intérieur du delta, le bateau remplace la voiture.
Les villages lipovènes constituent l'autre dimension de la région. Descendants des vieux-croyants russes qui ont fui les réformes du patriarche Nikon au XVIIe siècle et se sont installés ici à partir des années 1740, les Lipovènes parlent encore russe entre eux et conservent leurs églises orthodoxes anciennes. À Mila 23, Crișan, Sfântu Gheorghe ou Caraorman, l'économie repose sur la pêche au sandre, à la carpe, au silure et à l'esturgeon, ainsi que sur la pension de famille pour les voyageurs. La cuisine locale traduit cette identité : borș de pește (soupe de poisson aigre), saramură de crap (carpe saumurée grillée), plăcintă lipovenească, et la storceag, soupe à l'esturgeon servie avec de la crème aigre.
Au-delà de la faune, le delta présente des paysages que l'on ne voit nulle part ailleurs en Roumanie. La forêt de Letea, entre les bras de Chilia et Sulina, pousse sur des dunes sableuses et abrite des chevaux semi-sauvages ainsi que des chênes pédonculés de plusieurs siècles. La forêt de Caraorman, plus difficile d'accès, offre une végétation comparable. Côté mer, la plage de Sfântu Gheorghe s'étend sur plusieurs kilomètres de sable fin sans aucune construction, accessible uniquement par bateau depuis Tulcea (3 à 4 heures). Le village vit du tourisme d'observation et d'un festival de cinéma indépendant en août, Anonimul, qui attire un public roumain assez confidentiel.
Le delta n'est pas une destination de passage. Il faut accepter le rythme des bateaux, la chaleur humide de l'été, les moustiques, l'absence de réseau mobile dans certains secteurs, et l'éloignement relatif du reste du pays. C'est précisément ce qui fait que les voyageurs qui s'y rendent en reviennent marqués par une autre Roumanie, tournée vers l'eau plutôt que vers la montagne, et largement préservée de la pression touristique qui touche désormais la Transylvanie.
À découvrir
Observation des pélicans au lac Furtuna. Sortie en barque à fond plat depuis Crișan ou Mila 23, au lever du jour, pour approcher les colonies de pélicans blancs et frisés en pêche collective sur les lacs intérieurs.
Nuit chez l'habitant à Mila 23. Pension lipovène dans un village uniquement accessible par bateau, dîner de borș de pête et conversations en russe ancien avec les pêcheurs qui rentrent au coucher du soleil.
Plage et village de Sfântu Gheorghe. Bourg de 800 habitants à l'embouchure du bras sud, plage de sable libre de toute construction, et possibilité d'observation d'esturgeons remontant le fleuve en mai.
Forêt de Letea sur dunes sableuses. Réserve scientifique strictement protégée entre les bras de Chilia et Sulina, accessible avec guide, où chênes centenaires et chevaux semi-sauvages cohabitent sur un sol de sable.
Musée de Tulcea et Institut du Delta. Avant d'entrer dans le delta, deux heures à Tulcea pour comprendre l'hydrologie, l'histoire des peuplements et les enjeux de conservation actuels du site UNESCO.
Quand y aller
La meilleure période s'étale de mai à début octobre, avec deux fenêtres particulièrement intéressantes. De mi-avril à fin juin, c'est la saison de nidification : les pélicans sont sur leurs colonies, les hérons construisent leurs nids dans les saulaies, et la végétation est encore tendre. Les températures montent progressivement de 18°C en avril à 28°C en juin. Septembre et début octobre correspondent à la migration prénuptiale vers l'Afrique, avec un passage massif d'échassiers et de rapaces, et des températures plus douces autour de 22-25°C en journée.
Juillet et août restent praticables mais cumulent trois inconvénients : chaleur lourde jusqu'à 35°C avec humidité élevée, moustiques denses dans les chenaux fermés, et fréquentation roumaine importante notamment autour du festival Anonimul. L'hiver (décembre à mars) ferme une grande partie des pensions et la navigation devient aléatoire quand le delta gèle, ce qui arrive certaines années sur les bras secondaires. Notre équipe déconseille novembre et mars, périodes de pluies et de brouillards persistants.
Conseils pratiques
Comptez trois jours pleins minimum dans le delta, idéalement quatre à cinq pour combiner deux villages de base (par exemple Crișan pour les chenaux centraux et Sfântu Gheorghe pour la mer et la plage). Moins de trois jours ne justifie pas le trajet depuis Bucarest : 4h30 de route ou de train jusqu'à Tulcea, puis 2 à 4 heures de bateau pour rejoindre les pensions intérieures. L'aéroport utile est celui de Bucarest Otopeni, d'où nous organisons le transfert. Tulcea dispose d'un petit aéroport saisonnier mais les vols restent irréguliers.
La région se combine logiquement avec la Bucovine et ses monastères peints (8 à 9 heures de route en remontant par Iași), ou avec Bucarest et la Valachie en début ou fin de circuit. La combinaison avec la Transylvanie suppose une boucle plus longue, à partir de 12 jours au total. Le confort dans le delta reste celui de pensions familiales simples mais propres, avec eau chaude et électricité presque partout. C'est une destination qui convient aux contemplatifs, aux ornithologues, aux photographes de nature et aux familles avec enfants curieux dès 8 ans, à condition d'accepter la lenteur du bateau et la rusticité des repas de poisson.


